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Au cours du 19ème siècle, la région de Charleroi connait un essor industriel sans précédent. L'exploitation intensive du charbon et la présence de voies de communication importantes comme la Sambre ou encore le récent canal Bruxelles-Charleroi permettent à la ville de devenir l'un des principaux centres sidérurgiques européen grâce notamment à Thomas Bonehill est à ses Forges de la Providence. En 1863, le beau-fils de ce dernier, Emile-Constant Fidèle, met la main sur une petite forge située à Monceau-sur-Sambre dans le but de créer une installation importante de laminage qui deviendra, en 1879, la Société Anonyme des Laminoirs du Ruau. L'usine se modernise rapidement et sa capacité de production augmente de manière exponentielle, ce qui permet de répondre à la demande croissante de produits métallurgiques dans le bassin carolorégien. Au début du 20ème siècle, l'entreprise poursuit son expansion et se dote d'un département destiné à la production de boulons et de pièces métalliques destinées principalement aux secteurs de la construction et de l'industrie ferroviaire. Suite à la création de cette section, l'entreprise devient la Société Anonyme des Laminoirs et Boulonneries du Ruau. La première guerre mondiale marque une rupture brutale dans l'histoire de l'usine. Pendant l'occupation allemande, de nombreuses installations industrielles furent démontées ou réquisitionnées et le Ruau n'échappe pas à ce sort. Le site est presque entièrement démantelé, ce qui entraine l'arrêt de l'activité et laisse le site en piteux état jusqu'à la fin du conflit. Une fois la paix revenue, la direction entreprend la reconstruction et la modernisation complète des installations qui reprirent du service dès 1922 grâce à deux trains de laminage. Le Ruau retrouve rapidement sa splendeur et contribue de plus belle au dynamisme industriel du bassin mais la seconde guerre mondiale affecte une nouvelle fois l'activité du site qui sera plusieurs fois bombardé lors des opérations militaires précédant la libération de la Belgique. Une fois la paix revenue, le Ruau est presque entièrement dévasté mais la relance économique d'après-guerre permet une nouvelle fois à l'entreprise de renaître de ses cendres.

En 1949, le site est agrandi et équipé d'installations plus performantes. Cette modernisation marque une nouvelle phase de développement pour l’établissement qui poursuit ses activités de production de laminés destinés notamment au secteur de la construction. En 1958, l’entreprise abandonne son activité de boulonnerie et adopte la dénomination de Laminoirs et Usines du Ruau S.A., reflétant ainsi sa volonté d'orienter sa production vers un laminage plus spécialisé des produits sidérurgiques. Au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, l’industrie sidérurgique européenne connaît toutefois une profonde transformation marquée par des regroupements industriels et des restructurations destinées à maintenir la compétitivité face à la concurrence internationale. Dans ce contexte, les Laminoirs du Ruau sont intégrés à un ensemble industriel plus large. Le 28 octobre 1993, l’entreprise devient une filiale à cent pour cent de Laminés Marchands Européens (LME), un groupe sidérurgique créé par Unimétal, Cockerill-Sambre et Arbed et où on retrouve entre autres :

- les Laminoirs et Usines du Ruau S.A.,
- la Société métallurgique de l'Escaut,
- la Société des Train à laminés marchands.

Cette intégration vise à rationaliser la production et à consolider la position du site dans le secteur des laminés. Cependant, malgré ces efforts de restructuration, les difficultés liées au secteur sidérurgique européen s’accentuent à partir des années 1990. Suite à la privatisation de l'entreprise, en juin 1994, le groupe italien Beltrame devient l'actionnaire majoritaire de LME. La concurrence mondiale, les évolutions technologiques et la diminution de la demande dans certains secteurs entraînent une réduction progressive de l’activité. Les effectifs diminuent au fil des années et l’usine connaît plusieurs périodes d’incertitude quant à son avenir. La crise économique mondiale de 2008 aggrave encore la situation. La baisse de la demande en acier et la surcapacité de production en Europe mettent en difficulté de nombreux sites industriels. Les Laminoirs du Ruau subissent une diminution importante de leur activité et une réduction progressive de leur personnel. Malgré les tentatives de maintien de l’activité et les mobilisations syndicales, la situation financière et industrielle devient de plus en plus fragile et en mars 2012, Beltrame prend la décision de fermer définitivement le Ruau après 133ans d'activité. Aujourd’hui, le site des Laminoirs du Ruau est en grande partie démantelé et ses larges  halls de laminage ne servent plus qu'à du stockage occasionnel.

      Visite des vestiges de la S.A. des Laminoirs du Ruau, un fantastique complexe malheureusement bien vide.

Copyright (c) / Photos by Nicolas Elias, Xavier Fer & Laura Dambremont